03 août 2007

Les médias, premier soutien de Sarkozy pendant la campagne !

Nicolas Cadène nous offre un intéressant article sur l'ambitieux blog politique connectif Betapolitique intitulé La concentration des médias et leurs liens avec Sarkozy, histoire de ne pas oublier que les médias, dans leur ensemble et malgré de frêles résistances, ont favorisé l'élection du président Sarkozy. Il fait notamment l'inventaire non exhaustif d'un certain nombre de faits concernant la campagne présidentielle dans les médias :
" - La diffusion de reportages partiaux tels que celui diffusé par TF1 sur « La France des assistés » trois jours avant la fin de la campagne officielle et la veille du débat d’entre-deux tours
- La reprise des images de l’équipe de Nicolas Sarkozy pour l’ensemble de ses déplacements et meetings
- La diffusion d’images non révélatrices des déplacements et meetings de Ségolène Royal (toujours au pupitre, rarement dans la foule, seule, etc.)
- La reprise systématique de la moindre voix discordante au sein du PS
- La couverture exceptionnelle accordée à Eric Besson en comparaison de celle accordée à Azouz Begag
- La non-diffusion de communiqués de presse d’élus socialistes, etc.
- La diffusion de dépêches AFP, AP et Reuters partiales
- L’absence de contradiction des journalistes face aux élus UMP et à Nicolas Sarkozy
- La volonté évidente de « coincer » Ségolène Royal ou d’autres élus socialistes sur des éléments secondaires
- La concentration des journalistes sur les divisions internes au Parti Socialiste et sur les thématiques souhaitées par Nicolas Sarkozy
- La dérision sur toute nouvelle mesure de Ségolène Royal
- Le 100 minutes pour convaincre offert par Arlette Chabot la veille du début du décompte officiel du CSA, qui a permis au candidat ministre de l’intérieur de passer deux fois sur cette émission pendant que son adversaire n’y passait qu’une fois. "
Nicolas rappelle ensuite les liens entretenus par ces médias très concentrés avec Nicolas Sarkozy. On peut en tirer la conclusion suivante : la très grande majorité des médias sont détenus par des amis - politiques ou intimes - ou des soutiens de Sarkozy, ce qui ne veut bien évidemment pas dire que des journalistes ne résistent pas... Fort heureusement.
La conclusion de cet article me paraît tout à fait légitime : "il est essentiel de s’attaquer de façon constructive à [la concentration des groupes de presse]. Surtout, cela doit être diffusé massivement en parallèle d’une proposition de loi contre la concentration des médias, pour l’indépendance journalistique et pour le respect de sa déontologie."

16 mai 2007

La nouvelle France

Petite leçon de sociologie électorale

A quoi ressemble la France des 22 avril et 6 mai 2007 ?

Sarkoland

Sarkoland regroupe au premier tour 31% de la population française et 53% au 2ème tour, soit entre 11 et 19 millions de Français. Qui sont-ils ? Ils ont plus de 60 ans (61% des plus de 60 ans et 68% des plus de 70 ans sont "sarkolandais" au deuxième tour, déjà plus de 40% au premier). Ils sont retraités ou inactifs (un comble pour les défenseurs de la "valeur travail" : 63%), artisans, commerçants, chefs d'entreprise (82%), cadres, agriculteurs (67%), sont peu ou pas diplômés, gagnent moins de 800 euros (sic !) ou plus de 3000 euros par mois même si la classe moyenne est aussi assez bien représentée, vivent à la campagne et dans les communes de moins de 100 000 habitants. En 2002, ils vivaient en Chiraquie et à Facholand (82% des élécteurs de Le Pen en 2002 se sont reportés sur Sarkozy le 6 mai) C'est le pays des indépendants, des entrepreneurs, de ceux qui ont peur ou de ceux qui veulent voir fructifier leur portefeuille (d'actions ?), de ceux aussi qui en ont marre de payer des impôts. C'est un peuple bien discipliné à l'égard de son grand manitou Nicolas Sarkozy.

 Ségosphère

26 à 47% des Français, soit 9 à 17 millions de Français. Ils sont jeunes (60% des 18-24 ans sont "ségosphériens", plus généralement les moins de 60 ans, à l'exception des 25-34 ans plus difficiles à cerner). Ce sont des ouvriers (54 à 59% des ouvriers se seon reportés sur Ségolène au deuxième tour), des employés (51 à 57%), plutôt du secteur public, des cadres... Bref, et c'est pas le moindre des paradoxes, c'est la "France qui se lève tôt" chère à Sarkozy. Auxquels il faut ajouter les chômeurs et les étudiants. Ce sont en quelque sorte, quoi qu'on en ait dit, des forces vives du pays. Ils vivent dans les grandes villes. Ce sont des travailleurs qui gagnent entre 800 et 1500 euros par mois, même si les classes moyennes supérieures sont bien représentées. C'est un peuple divisé, en particulier à sa tête où les "éléphants" font de l'ombre à leur cheftaine. Leur chef n'a pas réussi à susciter l'adhésion à son programme qui avait trop de zones d'ombres (presque un ségosphérien sur deux est dans la Ségosphère pour faire barrage à Sarkozy).

Modem

L'essor de cette "région" est l'une des caractéristiques de la France de 2007, puisque sa population a triplé en cinq ans pour représenter aujourd'hui près de 7 millions de personnes (18,5%). Cette population centrale est assez volatile. Longtemps classée à droite, elle s'est reportée assez équitablement sur le candidat du Sarkoland et de la Ségosphère (avec de grandes différences régionales), une partie s'étant abstenue (respectivement 40%, 38% et 22%). C'est une nouvelle France aux frontières variables. Ce sont surtout de jeunes hommes de 25 à 34 ans, au chômage, à leur compte ou salariés (plutôt cadres), diplômés (j'ajouterai internautes), habitant l'agglomération parisienne, se situant plutôt à gauche ou plutôt à droite (au centre quoi !) et ayant voté oui au référendum sur l'Europe de 2005.

 Facholand

Les "facholandais" représentent environ 4,5 millions de Français, soit plus de 13% de la population (contre 5,5 millions en 2002) mais leur influence dépasse largement les frontières du Facholand, car nombreux sont les Facholandais à avoir émigré au Sarkoland. Des liens étroits unissent ces deux pays, même si leurs chefs ne sont pas (encore ?) amis. Ils sont ouvriers (23 à 26% des ouvriers français sont facholandais), parfois chômeurs ou à leur compte, ont pas ou peu de diplomes et vivent plutôt à la campagne. Ils ne sont pas si âgés qu'on le prétend : les 25-34 ans sont bien représentés.

 Altermondes

Pays très divisé pour ne pas dire écartelé entre plusieurs factions. Raison pour laquelle il vaut mieux parler d'altermondes au pluriel. Ils représentent moins de 4 millions de Français, soit environ 11,5% de la population française. Ce sont des contestataires qui ne sont pas parvenus, les divisions n'arrangeant rien, à représenter une alternative sérieuse. S'ils sont crédibles lorsqu'ils dénoncent les méfaits de l'ultralibéralisme, ils le sont moins lorsqu'ils proposent de travailler 32h par semaine, se prononcent pour une immigration libre ou abandonennt l'idée de nation. Ennemis du Sarkoland et du Facholand, ils se sont reportés pour les 3/4 d'entre eux sur la chef de la Ségosphère. Ce sont principalement des moins de 35 ans, au chômage ou salariés du public. Les étudiants ne sont pas mal représentés.


Libre interprétation des enquêtes d'opinion Ipsos et Tns-Sofres des 22 avril et 6 mai 2007 disponibles sur : http://www.ipsos.fr/presidentielle-2007/pdf/ssu.pdf et http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/240407_presi2007.pdf pour le premier tour, http://www.ipsos.fr/presidentielle-2007/pdf/ssu-2eTour.pdf et http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/060507_presi2007.pdf pour le deuxième tour.

Petit rappel...

 

 

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RESULTATS DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE  

 

DIMANCHE 6 MAI 2007

France entière (résultats officiels)

 

 
  Nombre % Inscrits

 

Inscrits 44 472 733

 

100,00

 

Abstentions 7 130 729

 

16,03

 

 

Votants 37 342 004

 

83,97

 

 

 
  Nombre % Votants
Blancs ou Nuls 1 568 426 4,20
Exprimés 35 773 578 95,80
 
  Voix % Exprimés
  M.  Nicolas  SARKOZY 18 983 138 53,06
  Mme  Ségolène  ROYAL 16 790 440 46,94

RAPPEL DES RESULTATS 1er tour
DIMANCHE 22 AVRIL 2007
  Nombre % Inscrits
Inscrits 44 472 834 100,00
Abstentions 7 218 592 16,23
Votants 37 254 242 83,77
 
  Nombre % Votants
Blancs ou Nuls 534 846 1,44
Exprimés 36 719 396 98,56
 
  Voix % Exprimés
  M.  Olivier  BESANCENOT 1 498 581 4,08
  Mme  Marie-George  BUFFET 707 268 1,93
  M.  Gérard  SCHIVARDI 123 540 0,34
  M.  François  BAYROU 6 820 119 18,57
  M.  José  BOVÉ 483 008 1,32
  Mme  Dominique  VOYNET 576 666 1,57
  M.  Philippe  de VILLIERS 818 407 2,23
  Mme  Ségolène  ROYAL 9 500 112 25,87
  M.  Frédéric  NIHOUS 420 645 1,15
  M.  Jean-Marie  LE PEN 3 834 530 10,44
  Mme  Arlette  LAGUILLER 487 857 1,33
  M.  Nicolas  SARKOZY 11 448 663 31,18

Source : Ministère de l'Intérieur

Les résultats complets dans les régions, les départements et les villes de France sont sur : http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_votre_service/resultats-elections/PR2007/index.html 

L'e-citoyen

 

 

Bienvenue à Sarkoland !

Sarko à l'Elysée

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Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République le 6 mai dernier avec 53.06% des suffrages exprimés et près de 19 millions de voix.

Et maintenant ? Que faire ? Que faire quand on n'a pas le sentiment d'appartenir à cette France de toutes les peurs et du chacun pour soi ? Que faire lorsqu'on est en désaccord avec les idées et propositions ultralibérales, communautaristes ou atlantistes de son nouveau Président de la République ? Que faire si l'on est inquiet des liens étroits que Sarkozy entretient avec les grands patrons du CAC 40, et en particulier avec les patrons des grands groupes de presse ?

Respecter le verdict des urnes ? Dans une démocratie, c'est la moindre des choses. Rester mobilisé sur les échéances électorales à venir ? Sans aucun doute (même s'il ne faut pas être devin pour pronostiquer un raz-de-marée sarkozyste). Compter sur les contre-pouvoirs institutionnels ? Certainement pas, puisqu'ils sont déjà aux mains de l'Etat UMP (voir le Conseil constitutionnel ou le CSA). Espérer que le quatrième pouvoir, celui des médias traditionnels, retrouve son rôle de contre-pouvoir ou tout au moins fasse preuve d'esprit critique ? Impossible. Il n'y a qu'à voir la campagne qui vient de s'achever : le "parti de la presse et de l'argent" (Plan B) avait choisi son pésident.

Alors ? Se taire pendant cinq ans ? Certainement pas... Je choisis le cinquième pouvoir cher à Ignacio Ramonet, celui de la liberté d'expression. Et je garde le sourire...

e-citoyen, place de la liberté